Heureusement que la grippe m'a attaqué à la gorge et non pas au nez, parce que j'ai fait des dégustations intéressantes ces derniers temps.
Après avoir été au Salon des vignerons indépendants jeudi dernier, nous nous demandions si nous allions y revenir samedi. Mais vendredi soir, Arnaud a reçu un coup de fil de Vianney ; son amie Anne-Juliette, qui est partie récemment passer un an et demi au Caire, était revenue pour le week-end et devait donner un cours de littérature comparée à la fac de Censier, à deux pas de chez nous. Arnaud les a invités à passer à la maison en fin de matinée.
Nous avons dormi tard, mais quand même, le bruit des tronçonneuses dans le square nous avait réveillés (la ville de Paris abattait un grand arbre, plein d'oiseaux - qui avaient l'habitude, cet été, de chier sur nous quand nous jouions au tennis de table).
Vers onze heures et demie, Vianney et Anne-Juliette sont arrivés. Nous nous sommes installés dans le salon et Arnaud leur a donné le choix... Café ? Jus d'orange ? Thé ? Eau ? Un canon ?
Chinon 1996 "Panzoult" - Henri et James Desbourdes. Les vins de Panzoult ont plus de corps et de robustesse que d'autres chinon ; celui-ci était rond et goûteux. Des notes de feuilles mortes sur les bords, mais un centre riche de fruits cuits et de torréfaction. Rustique dans le bon sens du mot.
Mais en restant à causer autour de la bouteille avec quelques chips que j'avais mis dans un bol, l'heure du déjeuner venait. Anne-Juliette avait cours peu après 13h. Soudain, j'ai lancé : "Vous restez déjeuner ?"
Et c'était parti ; j'avais des confits de canard et des salsifis surgelés, ça ferait l'affaire. Puis, nous avions par le plus pur des hasards un plateau de fromage très respectable. Donc je suis allée à la cuisine mettre les confits à cuire, et séparément, les salsifis dans un peu de beurre, et ai couru jusqu'à la boulangerie pour attraper du pain.
Vingt minutes plus tard, nous nous mettions à table. Arnaud est venu à la cuisine pour chercher le sel et le poivre, et il m'a dit : "Ouvrons un bon vin."
J'ai hoché la tête. Quelles paroles douces ! Je savais exactement comment m'exécuter.
Nous nous sommes installés à table et nous sommes servis de confit de canard et de salsifis. Arnaud a versé le vin, très sombre, dans nos verres.
Haut-Marbuzet 1996. Une clairière automnale au fond d'un bois. Ce vin est mûr et on sent le grain de ses tannins dissous, mais il a encore plein de matière et de corps. Fruits très mûrs, chocolat, un peu de pot-pourri, des notes de torréfaction. Je l'ai trouvé exquis... et fugace, comme une feuille morte qui s'envole, que tu regardes s'en aller à contrecœur.
Nous nous attardions sur le fromage quand Anne-Juliette a dû partir. Mais une heure plus tard, Vianney est allé la chercher et ils sont revenus pour boire un café. Tout était calme, il faisait bon dans la maison, mais nous avions un projet autrement ambitieux : Le Grand Tasting au Louvre.
Donc une demi-heure plus tard, je mettais mon béret noir et mon écharpe bleu clair et nous partions vers le métro, question de goûter encore plus de vins dignes d'intérêt. Je toussai ; j'avais très mal à la gorge. Mais les sinus en parfaite santé...
jeudi 30 novembre 2006
Œnofolie
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Sharon
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mardi 21 novembre 2006
Chez Didier et Catherine
Dîner chez Didier et Catherine, les parents de mon ami Arnaud, est toujours plein de promesses de découvertes et de délices. Ce week-end-ci n'a pas fait exception à cette règle générale.
Après une dégustation monolithique de bourgognes aux Caves Augé en compagnie de notre ami Philippe, quelques rondelles de saucisson à l'ail et une poignée de vignerons en anorak sans manches, nous sommes rentrés chez nous à Paris afin de faire une mini-sieste pour nous préparer pour le trajet Paris-Laval et la soirée avec Didier et Catherine.
Ils nous ont reçus avec leur grâce et leur charme habituels et nous nous sommes installés dans le salon avec Bouchon, le chat noir, qui rôdait dans les parages. Didier a sorti des whiskies et au choix, pour les amateurs (dont moi) une bouteille de Bonnezeaux 2000.
J'adore ces moelleux de Loire qui offrent une sorte d'éclosion de fleurs, soutenue par du mielleux et du gras, traversés par des zestes d'une fraîcheur un peu minéral. Et avec l'âge, ce bonnezeaux, du même producteur (dont le nom m'échappe) que la bouteille de 2004 que nous avions goûté il y a quelques mois lors de leur passage à Paris, avait pris de l'ampleur et de la maturité. Quelques gouttes de pur plaisir ambré.
Nous sommes passés à table, après, et avec des crevettes poêlées (recette délicieuse que j'ai hâte de reproduire) nous avons entamé la bouteille apportée par Philippe, un Meursault 1er cru "Charmes" 2002 du Domaine Jobard-Morey. Ce meursault avait des notes d'agrumes et une belle rondeur ; on voyait que c'était un tout jeune vin, mais il était flatteur et n'était point marqué par le bois, défaut qu'on retrouve parfois dans les bébés-meursaults. Nous l'avons grandement apprécié - et Catherine et moi avons apprécié aussi la liberté, à table, d'être servies en vin comme tout un chacun ; pas de demi-verre, ni de coupage à l'eau, pour ces dames-ci !
Ensuite, avec le plat - un sauté de veau aux agrumes, accompagné de pommes sarladaises et d'épinards à la crème - Didier a sorti un vin surprise. Dans le verre, sa robe était rubis clair, étincelante. J'ai pris une gorgée. Mm, un pinot noir léger comme une feuille de papier qui s'envole dans le vent de la cheminée, mais plein de fruits ; tout en dentelle, avec une touche d'âge.
Il nous a montré l'étiquette. C'était un Sancerre rouge 1996 de Pascal Thomas, notre producteur bourru et adoré, et c'était un petit bijou.
Après, il fallait changer de cap : le prochain vin, qu'il nous a fait également déguster à l'aveugle, s'est avéré être un vin corsé, bouqueté : un Châteauneuf-du-Pape 1993 du Domaine de la Côte de l'Ange. Les treize ans d'âge en avaient fait un breuvage souple, harmonieux, avec des fruits mûrs et riches.
Donc c'était peut-être trop de sortir le Calvados de ferme de 1954 avec les petits fours... Mais c'était la fête, comme souvent chez les généreux et bon-vivants Didier et Catherine... Et puis, le lendemain, nous n'avions que la mise en bouteille à Chinon avec le repas pantagruélique qui la suivrait... Mais passons...
Nous avons goûté ce calvados, poli par le temps, d'un fruit ambré et qui nous a amenés par la main droit dans le lit, dans de beaux rêves...
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Sharon
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vendredi 17 novembre 2006
Subtilité et infanticide
C'était le 13 novembre et la mère d'Arnaud venait à Paris pour un colloque et allait dîner chez nous. Bien évidemment, vu la grande quantité de saucisse louisianaise que Robert Fleming m'avait donné la veille, ça allait figurer sur le menu. Mais nous avons pensé rester modeste pour ce qui était des vins.
Le matin, j’ai mis un chablis 2004 du Domaine Hamelin au frigo ; c’est un admirable chablis, jeune et friand. Quant au rouge, nous avons convenu de le choisir à la dernière minute, tout en sachant que Catherine aime les bordeaux, surtout les pessac-léognan.
Mais quand sa mère est arrivée, Arnaud a sans l’ombre d’une hésitation sorti des flûtes plutôt que des verres ; et c’est ainsi que j’ai appris qu’on allait plutôt commencer par une bouteille de champagne : un brut rosé de Bruno Paillard.
Léger, sec et discret, c’était un champagne rosé intéressant. Un petit goût floral et une nuance de pain grillé avec des bulles très fines ainsi qu’une pointe de fruits rouges comme la groseille. Ce vin était tout de tact et de précision. Aucune des notes de fraise compotée que j’ai tendance à associer au champagne rosé.
Après cela, nous nous sommes attablés devant la potée d’andouille louisianaise que j'avais concoctée et je partais vers la cuisine pour ouvrir le pessac-léognan que Catherine nous avait offert quand soudain, Arnaud m’a dit : "Attends, j’aimerais que ma mère goûte quelque chose... Est-ce que tu peux descendre à la cave...?"
La mère d'Arnaud est la fille d'un vigneron de Chinon et rien ne la fait sourire comme de découvrir un bon rouge de Loire. Arnaud m’a dit : "Nous avons bien une bouteille de Coteau de Noiré, non ?"
Oui, nous avions une bouteille du 2004. Point. Je l'ai regardé avec une petite grimace. "Tu es sûr?"
Mais déjà il expliquait à sa maman : "C’est un vin de Philippe Alliet, de Cravant-les-Coteaux... Oui, c’est ça, de la famille Alliet... le cousin de Bernard. Tu m’as dit que tu n’avais jamais goûté ses vins."
Donc je suis partie chercher la jeune bouteille.
Chinon "Coteau de Noiré" 2004 de Philippe Alliet.
Un vin très dense de cabernet franc à la robe foncée, violacée. Il y a tellement de matière, mais qui n’est pas encore fondue. Au nez on découvre des fruits noirs riches et opulents dans un boisé encore un peu prononcé. Il y a un air de famille avec les chinon, mais en bouche il s’avère trop compact ; j’ai du mal à démêler les composants de son goût. Ce vin évoluera très favorablement pour devenir un chinon élégant et long, mais pour l’instant, il n'a pas du tout atteint la maturité nécessaire à une certaine souplesse. C’était patent : nous avons tué cette bouteille dans sa jeunesse...
Catherine était étonnée. En levant le verre, elle a tout de suite dit que le nez, c’était du chinon sans hésitation, mais une fois qu’elle l’avait goûté, elle restait un peu perplexe. Le palais était très différent ; ce qui avait un nez de chinon se transformait en vin du Rhône, en bouche.
Je pense qu'elle aurait préféré un pessac-léognan, hélas !
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Sharon
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lundi 6 novembre 2006
Marée (trop) haute
Il faut qu'on aille à Chinon. Ça urge...
Je suis descendue à la cave avant-hier et ai regardé le paysage. Quand même, notre petit range-bouteilles est bien plein et il reste également deux ou trois caisses à côté, par terre - mais il n'y plus une seule bouteille de vin de consommation courante.
Que faire ? Je sais que les narines d'Arnaud grandiraient avec surprise et indignation si j'osais remonter un Lynch-Bages 1995 ou un Beaune 1er cru "Clos des Mouches" 2000 pour accompagner notre petit repas du soir.
Donc je suis sortie dans le froid hier, dimanche, pour marcher un peu, question de me dégourdir les jambes et de passer par les Caves du Panthéon. Où j'ai acheté un fort sympathique petit Valençay rouge 2005 de Jacky Preys. En le buvant avec notre steak américain (oui, Arnaud a réclamé ce tartare à la belge), on a remarqué à quel point les « petits vins » ont grandi et sont devenus plus polis, ces dernières années.
Moi, je me rappelle un champ de foire en plein mois de juillet dans le Berry. C'était peut-être même la Fête de la Tomate, avec des échantillons rapportés par les exposants de contrées aussi lointaines que la Russie ou la Chine... Et il s'y trouvaient quelques stands de victuailles et de breuvages, dont du valençay, que j'avais goûté, à l'époque, avec Chantal et Alain, sous le soleil d'été. Et ce n'était pas cher, mais ce n'était pas bon non plus...
Celui bu hier était tout à fait respectable, plaisant.
Mais pour ce soir, ce sera de nouveau la crise. Je vais peut-être jeter de petites œillades séductrices à Arnaud. Sûrement il fait un temps à boire un Meursault 1er cru "Charmes"... Sûrement un petit Volnay 1er cru "Champans" ira bien avec ma cuisine nuancée et pleine de goût...
Sinon, nous allons à Chinon d'ici deux semaines. On aura une bagnole. Qui reviendra, je parie, alourdie par quelque douzaine ou deux de petites bouteilles sympathiques.
Mais que faire entre-temps... oh, que faire ?...
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Sharon
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mercredi 1 novembre 2006
Décote chalonnaise
Hou hou - je n'aime pas les vins de la Côte Chalonnaise. J'ai tenté de faire la paix avec ces appellations mineures bourguignonnes, mais il n'y a rien à faire. Je préfère les vins du Mâconnais ou même les Irancy et autres Coulanges-la-Vineuse à des rouges en provenance de Givry et ses environs.
Hier soir, le dernier clou fut enfoncé dans le tombeau : un médiocre Mercurey 2003 "Manoir de Mercey". Pourquoi est-ce que ce vin se vend dans les 20 € ? Il manquait de fruit, de corps et de générosité. Et ça, pour un 2003, c'est un peu catastrophique. Il était aigrelet.
Ce ne sont pas des vins généreux. Rustiques, oui, en veux-tu en voilà ; verts, rafleux...
Mais même les petits cancres ont un moment de grâce... Au mois de juillet de l'an passé, nous étions cinq en terrasse sur une colline, avec les vallons et les étangs de la Chalonie tout autour. Le soleil était rutilant. Les lunettes d'Arnaud scintillaient.
Nous avons bu un bourgogne-côte chalonnaise rafraîchi en riant et en se racontant des histoires de déboires personnels. La fraîcheur verte du breuvage et la chaleur estivale de nos rapports d'amis qui commençaient à mieux se connaître faisaient un contraste des plus piquants.
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Sharon
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