lundi 28 avril 2008

On Avize



Si les Allemands ont l'expression « heureux comme Dieu en France », je pense que les Américaines œnophiles pourraient tenter celle-ci : « heureux comme Dieu à Avize ».

Je me suis rendue à ce petit village de la Côte des Blancs jeudi dernier en compagnie d'un ami australien. Déjà, y arriver n'était pas chose facile : un autre train a percuté une vache sur la voie et le mien, de train, a été retardé d'une heure. Mais j'ai pu finalement atteindre le but de ma (courte) pérégrination, sous un soleil rutilant et dans la trépidation absolue devant l'objet de ma visite, le domaine Jacques Selosse. Ou plutôt, celui qui, d'un œil perspicace et d'une rapidité mentale hors du commun, le dirige : Anselme Selosse.

Il nous a accueillis avec naturel et une grande générosité. La conversation a commencé tout de suite.

Trois heures plus tard, je suis sortie dans le soleil, là où les oiseaux chantaient. Nous avions dégusté des vins clairs ; nous avions discuté des aléas de la lune et du soleil, de la croissance des baies et du bon usage d'une table d'hôte.

J'ai tout en tête, mais j'ai tout enregistré aussi : je m'en servirai pour écrire un article plus construit.

Suffit à dire que les vins, quant à eux, parlent la langue de la nature avec une assurance inattendue mais sûre, et qui paradoxalement peut inclure des imperfections qui sont comme un supplément d'âme. Pas de fard. (D'ailleurs, le millésime 1999 qu'Anselme a dégorgé sur place et qui n'avait pas été dosé était une expression assez pure (austère aussi) de cette année robuste.)


(P.-S. Je sais que cette photo des raisins chardonnay n'a rien à voir... mais tant que David sera dans l'avion pour l'Australie avec les photos prises sur place...)

dimanche 20 avril 2008

God bless les Breton



Ces derniers temps, on a été assez Breton-eux. Après une dégustation des plus probantes au Salon des vignerons indépendants (où je fus séduite au possible par un Bourgueil Perrières 2005), nous avons consommé à la maison, à la queue-leu-leu, un Nuits d'Ivresse 2005, suivi quelques jours plus tard par un Avis de Vin Fort 2006, pour terminer en beauté avec un Bourgueil Perrières 2005 (il fallait faire découvrir à Arnaud ce cru délicieux mais tout jeune (si seulement je pouvais avoir la patience et la probité pour l'attendre...)) et ensuite, ce week-end, pour fêter l'anniversaire de Catherine T., Chinonnaise, nous avons ouvert une bouteille de Bourgueil Perrières 2003.

Le Bourgueil Perrières 2005 est actuellement d'un soyeux étonnant, avec de la matière - déjà ouvert mais si jeune qu'on l'attendrait bien dix ans. Il est sapide, avec des notes de fruit et des tannins qui se cachent sous un corps lisse. Le Nuits d'Ivresse 2005 est harmonieux, parfait; comme une statue de femme grecque bien lisse, si seulement le marbre pouvait être de couleur cassis. Et puis, l'Avis de Vin Fort est un vin de soif, qu'on boit sans arrière pensée, mais qui laisse un souvenir prégnant.

Donc nous avions devant nous le Bourgueil Perrières 2003...

Je craignais que le millésime 2003 nous réserve des surprises atypiques pour le cabernet franc ligérien, dont on aime la rusticité et le côté violette / sous-bois... Effectivement, ce cru était assez robuste, avec des tannins présents en finale, mais c'était aussi un vin exubérant, complexe, sombre, gras mais avec un goût de terroir sublimé ; on retrouvait la pointe de mousse, le soupçon de violette... Nous étions tous séduits.

Ce qui risque de provoquer des rechutes dans les jours qui viennent...

vendredi 11 avril 2008

Grand blanc



Cette semaine j'ai bu le plus grand vin blanc qu'il m'est arrivé de goûter. C'était un petit cadeau joyeux de la part d'Arnaud, qui voulait me faire plaisir. Car il sait qu'il y a trois mots qui dans ma mémoire résonnent encore avec un plaisir inébranlable et inégalé : Chevalier. Montrachet. Leflaive.

On s'est retrouvé au Mesturet lundi midi autour d'un club sandwich au bar. Arnaud feuilletait The Financial Times que je venais de lui apporter, puis il m'a posé la question : « Ça te dirait de boire un très grand vin ce soir ? » Mine de rien, mais il me regardait subrepticement pour voir ma réaction.

Il devait courir, après, pour regagner son bureau. À moi donc de sauter dans le métro, direction place Saint-Augustin. Les caves Augé ouvrent à 13h le lundi et j'étais là pile-poil dès l'ouverture de la porte. (Par ailleurs, j'ai pu discuter avec le membre de l'équipe qui m'avait conseillé la dégustation des vins de Philippe Jambon la semaine d'avant - et je me suis laissé aller à en racheter une bouteille (ainsi qu'un Viré-Cléssé de chez Valette, miam).)

Quelques minutes plus tard, je sortis dans le soleil. J'avais mon butin, du cru 2001, niché entre les deux autres bouteilles dans un sac blanc imprimé de bleu.

J'avoue que ma pensée s'est baladée plus d'une fois du côté de cette bouteille pendant l'après-midi...

Donc le l'ai ouverte tôt, le soir venu. Arnaud était rentré et nous avons eu du mal à résister à la tentation de l'entamer tout de suite...

Chevalier-Montrachet Leflaive 2001 - quelle pureté ; dès l'ouverture de la bouteille le nez est puissant, cela t'englobe les narines... La robe est jaune foncé, cire d'abeille. Et en bouche (ceci fut vrai surtout au bout d'une heure ou deux d'aération), d'une race, d'une complexité et d'un soyeux sans pareil... Des notes de pelure de citron et de noisette, du foin et et des touches infiniment délicates qui devenaient plus amples avec le temps et un ou deux degrés de plus...

En voici un, de nouveau : un vin qui m'a donné envie de rire, tellement j'étais prise au dépourvu par ses charmes.