lundi 28 avril 2008

On Avize



Si les Allemands ont l'expression « heureux comme Dieu en France », je pense que les Américaines œnophiles pourraient tenter celle-ci : « heureux comme Dieu à Avize ».

Je me suis rendue à ce petit village de la Côte des Blancs jeudi dernier en compagnie d'un ami australien. Déjà, y arriver n'était pas chose facile : un autre train a percuté une vache sur la voie et le mien, de train, a été retardé d'une heure. Mais j'ai pu finalement atteindre le but de ma (courte) pérégrination, sous un soleil rutilant et dans la trépidation absolue devant l'objet de ma visite, le domaine Jacques Selosse. Ou plutôt, celui qui, d'un œil perspicace et d'une rapidité mentale hors du commun, le dirige : Anselme Selosse.

Il nous a accueillis avec naturel et une grande générosité. La conversation a commencé tout de suite.

Trois heures plus tard, je suis sortie dans le soleil, là où les oiseaux chantaient. Nous avions dégusté des vins clairs ; nous avions discuté des aléas de la lune et du soleil, de la croissance des baies et du bon usage d'une table d'hôte.

J'ai tout en tête, mais j'ai tout enregistré aussi : je m'en servirai pour écrire un article plus construit.

Suffit à dire que les vins, quant à eux, parlent la langue de la nature avec une assurance inattendue mais sûre, et qui paradoxalement peut inclure des imperfections qui sont comme un supplément d'âme. Pas de fard. (D'ailleurs, le millésime 1999 qu'Anselme a dégorgé sur place et qui n'avait pas été dosé était une expression assez pure (austère aussi) de cette année robuste.)


(P.-S. Je sais que cette photo des raisins chardonnay n'a rien à voir... mais tant que David sera dans l'avion pour l'Australie avec les photos prises sur place...)

dimanche 20 avril 2008

God bless les Breton



Ces derniers temps, on a été assez Breton-eux. Après une dégustation des plus probantes au Salon des vignerons indépendants (où je fus séduite au possible par un Bourgueil Perrières 2005), nous avons consommé à la maison, à la queue-leu-leu, un Nuits d'Ivresse 2005, suivi quelques jours plus tard par un Avis de Vin Fort 2006, pour terminer en beauté avec un Bourgueil Perrières 2005 (il fallait faire découvrir à Arnaud ce cru délicieux mais tout jeune (si seulement je pouvais avoir la patience et la probité pour l'attendre...)) et ensuite, ce week-end, pour fêter l'anniversaire de Catherine T., Chinonnaise, nous avons ouvert une bouteille de Bourgueil Perrières 2003.

Le Bourgueil Perrières 2005 est actuellement d'un soyeux étonnant, avec de la matière - déjà ouvert mais si jeune qu'on l'attendrait bien dix ans. Il est sapide, avec des notes de fruit et des tannins qui se cachent sous un corps lisse. Le Nuits d'Ivresse 2005 est harmonieux, parfait; comme une statue de femme grecque bien lisse, si seulement le marbre pouvait être de couleur cassis. Et puis, l'Avis de Vin Fort est un vin de soif, qu'on boit sans arrière pensée, mais qui laisse un souvenir prégnant.

Donc nous avions devant nous le Bourgueil Perrières 2003...

Je craignais que le millésime 2003 nous réserve des surprises atypiques pour le cabernet franc ligérien, dont on aime la rusticité et le côté violette / sous-bois... Effectivement, ce cru était assez robuste, avec des tannins présents en finale, mais c'était aussi un vin exubérant, complexe, sombre, gras mais avec un goût de terroir sublimé ; on retrouvait la pointe de mousse, le soupçon de violette... Nous étions tous séduits.

Ce qui risque de provoquer des rechutes dans les jours qui viennent...

vendredi 11 avril 2008

Grand blanc



Cette semaine j'ai bu le plus grand vin blanc qu'il m'est arrivé de goûter. C'était un petit cadeau joyeux de la part d'Arnaud, qui voulait me faire plaisir. Car il sait qu'il y a trois mots qui dans ma mémoire résonnent encore avec un plaisir inébranlable et inégalé : Chevalier. Montrachet. Leflaive.

On s'est retrouvé au Mesturet lundi midi autour d'un club sandwich au bar. Arnaud feuilletait The Financial Times que je venais de lui apporter, puis il m'a posé la question : « Ça te dirait de boire un très grand vin ce soir ? » Mine de rien, mais il me regardait subrepticement pour voir ma réaction.

Il devait courir, après, pour regagner son bureau. À moi donc de sauter dans le métro, direction place Saint-Augustin. Les caves Augé ouvrent à 13h le lundi et j'étais là pile-poil dès l'ouverture de la porte. (Par ailleurs, j'ai pu discuter avec le membre de l'équipe qui m'avait conseillé la dégustation des vins de Philippe Jambon la semaine d'avant - et je me suis laissé aller à en racheter une bouteille (ainsi qu'un Viré-Cléssé de chez Valette, miam).)

Quelques minutes plus tard, je sortis dans le soleil. J'avais mon butin, du cru 2001, niché entre les deux autres bouteilles dans un sac blanc imprimé de bleu.

J'avoue que ma pensée s'est baladée plus d'une fois du côté de cette bouteille pendant l'après-midi...

Donc le l'ai ouverte tôt, le soir venu. Arnaud était rentré et nous avons eu du mal à résister à la tentation de l'entamer tout de suite...

Chevalier-Montrachet Leflaive 2001 - quelle pureté ; dès l'ouverture de la bouteille le nez est puissant, cela t'englobe les narines... La robe est jaune foncé, cire d'abeille. Et en bouche (ceci fut vrai surtout au bout d'une heure ou deux d'aération), d'une race, d'une complexité et d'un soyeux sans pareil... Des notes de pelure de citron et de noisette, du foin et et des touches infiniment délicates qui devenaient plus amples avec le temps et un ou deux degrés de plus...

En voici un, de nouveau : un vin qui m'a donné envie de rire, tellement j'étais prise au dépourvu par ses charmes.

samedi 29 mars 2008

Dégustation printanière chez Augé




Soleil rutilant et vins du Beaujolais étaient au menu ce jour aux Caves Augé. J'adore leur série de dégustations sur le trottoir devant la boutique; la présence bienveillante et la bonhomie du patron, Marc Sibard ; la décontraction et l'accessibilité des vignerons - et surtout la qualité absolument bluffante des vins présentés.

Aujourd'hui, j'ai fait des découvertes joyeuses. Comment se fait-il que je n'aie jamais goûté jusqu'ici les Mâcons du domaine Valette ? Leur Viré-Cléssé 2005 était somptueux... D'une complexité dingue au nez et d'une matière pleine en bouche. Sans parler des Mâcons.

Pour des raisons bêtes (« il doit être un intégriste du terroir c'lui-là ») j'avais l'intention de bouder Philippe Jambon. Heureusement qu'une courte conversation avec un des membres de l'équipe Augé m'a fait changer d'avis. Le "Jambon Blanc" 2006 était un vin étonnant, mémorable. Classé « vin de table » mais en fait cultivé dans l'aire de Mâcon-Fuissé, ce blanc non soufré est riche, entêtant, il et s'impose absolument.

Du côté des rouges, j'ai pu affirmer mes connaissances : apprendre à distinguer entre un Morgon et un Moulin-à-Vent est une tâche bien agréable, quand les manuels sont Foillard, Lapierre, Descombes, Métras et autres...

Il faisait si beau que je suis rentrée à pied. Un peu sur un nuage.

dimanche 23 mars 2008

Les méfaits de l'inattention




Ce matin : découverte catastrophique...

Vendredi soir, des amis sont passés. J'ai sorti plusieurs bouteilles de champagne, y compris un Raymond Boulard Tradition Brut Nature et un Pierre Moncuit Grand Cru "Moncuit-Delos"... Mais comme Sara est arrivée très en retard et que nous avions fini les deux bouteilles en question, je suis allée glisser une troisième bouteille dans le congélateur... Plus précisément, une bouteille de Fallet-Prévostat Extra-Brut.

Malheur. Ce matin, deux jours plus tard, j'ouvre le congélateur.

Quelle douleur ! Mon unique bouteille de ce cru qui m'a tellement séduite et charmée... Ce vineux breuvage, tout blanc de blancs d'Avize, qui me rappelle comme un petit écho du champagne Selosse.

Eh bien, il faudra que je m'en procure de nouveau. Quand j'aurai arrêté de pester contre moi-même...

vendredi 14 mars 2008

Rouge bourgogne



Ça, c'est la fin d'une carafe de Nuits-Saint-Georges 1er cru "Clos de la Maréchale" 2005 de J.-F. Mugnier. Sa couleur, dans le verre et dans la carafe, était d'une beauté à fendre le cœur...

Ce vin était d'un soyeux sans faille, un ruban de velours rouge clair qui ruisellait le long de la langue et de la gorge... Une chose pure, profonde, toute jeune mais déjà d'une grande complexité.

Le bonheur te fait sortir du temps ; quelle parenthèse !

lundi 10 mars 2008

Stop aux « vins pour femmes »



Aujourd'hui je surfais sur le web et j'ai trouvé le compte-rendu d'un dîner d'œnophiles en Californie. Celui qui l'écrivait a commencé par la phrase : Nous étions 15, en plus des épouses, présentes pour nous ramener à bon port après consommation.

Par la suite, ils ont descendu une trentaine de crus non négligeables de la Côte d'Or.

Moi, en le lisant, j'ai eu du mal à avaler la phrase sur les femmes, présentes uniquement pour prendre le volant lorsque les maris auraient trop imbibé.

Le monde du vin peut être machiste... mais je me battrai toujours ! L'idée que les femmes ne seraient pas des dégustatrices ou des amatrices sérieuses ; qu'elles n'aimeraient que le sucrailleux ou les bulles bien dosées... cela m'attriste.

J'ai une affection prononcée pour le volnay (vin de femmes, mais, bon... on le gardera, hein...) - mais, figurez-vous, j'adore également le grenache. Un bon costières-de-Nîmes fait mon bonheur, souvent.

Et j'exècre le rosé (attention aux amateurs du rosé : si vous contestez cette postiion, faites-moi savoir ce qu'il faudrait goûter).

OK, assez rouspéter. Je m'en vais manger un bon confit de canard arrosé d'un pot de cahors !

jeudi 28 février 2008

D'un puligny l'autre



Dimanche, nous sommes allés au restaurant Astier. Ma soif de Puligny-Montrachet restait inassouvi... Nous étions quatre, mais Michel et moi nous disputions la carte des vins (avec rires), à tel point que nous avons dû en demander une deuxième. Voilà pour les œnophiles !

Que vois-je parmi le choix bien étoffé et bien raisonnable, côté prix : un Puligny-Montrachet J.-M. Boillot 2004.

C'est ainsi que nous avons commencé le repas. (Et terminé aussi, avec le plateau de fromages ; après un petit écart du côté du rouge avec un Beaune 1er cru "Féguine" 1998 de Jacques Prieur qui lui, avait un nez bourguignon à tomber par terre et qui, en bouche, s'est ouvert soyeusement avec le temps et le carafage.)

Quant au Puligny de Boillot : il était tout simplement bluffant. D'une précision crystalline, d'une minéralité qui ne transigeait pas, sur une trame de fleurs blanches, d'agrumes et de biscuits au beurre. Un délice.

Malheureusement que je mangeais du hareng avec des oignons crus ! Le geste cruel vis-à-vis de ce vin si fin !

Il se réveilla mieux avec le salers en fin de repas...

dimanche 24 février 2008

Le bon, la brute et le truand


Hier soir, nous sommes aller dîner dans un restaurant près de chez nous : L'Equitable. Tout ce que je peux dire, c'est que c'était... compliqué, comme expérience : un mélange total de choses positives et de bizarreries.

La soirée a commencé avec quelques coupes de champagne chez Guy et Anne, qui ont gracieusement versé du Pannier brut en tentant de calmer leur petit pirate de quatre ans, Arthur. C'était le rituel du champagne, en fait, qui l'a transformé en enfant de chœur : très délicatement, il a porté chaque flûte à son destinataire.

La babysitter est arrivée et elle aussi a eu droit à une flûte en attendant notre départ, avec la petite Chloé dans ses bras, fascinée par son collier. Nous sommes partis dans la nuit pour marcher vers l'Equitable, à quelque cinq minutes à pied de là.

Le décor était décidément atypique pour Paris. Avec de grandes pierres blanches, avec des poutres apparentes partout et des tableaux naïfs sur les murs, l'ambiance était provinciale au possible.

On nous a apporté des gougères et nous avons commandé une bouteille de Borgeot Puligny-Montrachet "Les Charmes" 2004. Le sommelier semblait déconcerté lorsque les autres m'ont indiquée comme celle qui allait le goûter. Déjà pour le côté vin, le restaurant s'était montré moins vaillant qu'il ne le faudrait - la carte des vins était un peu défraîchie. Parmi les cinq ou six vins de chaque région, deux ou trois étaient biffés...


Le Puligny était agréable - une bonne minéralité. Un beau nez, un boisé discret, le tout bien harmonieux et bien bâti.

Nos entrées ont apparus et là, c'était le point fort de mon repas : tête de veau avec une salade de roquette. Et c'était la première fois que j'avais mangé une tête de veau avec un morceau de cervelle frite par-dessus. Génial ! La cervelle était tendre, bien assaisonnée et extrêmement goûteuse sous sa panure croquante.


Après, les choses ont un peu viré dans le bizarre. Toutes les entrées avaient été réussies : goûteuses, inventives, bien présentées. Les plats, de même, lorsqu'ils arrivaient à table successivement, avaient belle allure, étaient très alléchants : le carré d'agneau de Guy avec des quenelles de polenta crémeuse ; le jarret de veau d'Arnaud avec un fier morceau de moelle parsemé de poivre concassé par-dessus. Nous avons commandé une bouteille de Saint-Joseph Prieuré d'Arras 2005 - pour ce qui était des vins rouges du Rhône, il n'y avait que cela ou un Crozes-Hermitage Colombo 2005. (On avait cherché en vain un bourgogne rouge... Tous étaient des 2004, choix risqué quand on ne connaît pas le producteur.)


Le Saint-Joseph était correct comme expression du cépage syrah, mais il n'était pas très charpenté, manquant peut-être un peu de personnalité.


Le magret de canard de Marc-André avec des blinis au céleri rave avait l'air bon.

Et ensuite... le serveur a apporté mon plat principal...

La carte avait indiqué une marmite de saumon, de dorade et de moules, que j'avais imaginés dans une sauce à la crème.

Horreurs !


Le bouillon était insipide et le poisson qui se cachait sous les loques de poireaux et d'épinards était trop cuit. Comme la photo le montre, la seule chose qui m'a sauvée était l'os à moelle d'Arnaud, car lui - chose ô combien incompréhensible ! - n'aime pas la moelle.

Nous avons fini le repas avec des tartes fines aux pommes, servie chaudes avec de la glace au caramel qui fondait rapidement dessus, et avions décidé de les accompagner d'un verre de Gaillac doux chacun (de nouveau, un moment désagréable avec le sommelier, qui a refusé de nous apporter une bouteille entière, puisque tout ce qui figurait sur la carte des vins doux était indiqué par verre seulement. « Mais on est cinq... » a dit Guy, en vain).

Nous avons été bien nourris, avons beaucoup rigolé, mais il ne faut pas nier qu'il y avait quelques éléments curieux dans le tas...

J'étais aussi dans une sorte de coma dû à une consommation excessive de moelle. Oui... Anne m'avait glissé son os à moelle, aussi.

C'est quand même bon, ça.

mercredi 20 février 2008

Huîtres et Pessac-Léognan




Il est toujours agréable de se donner un week-end de détente et de soleil éclatant en Charente-Maritime, surtout quand on est accueilli avec les vins et mets qu'on tâte chez Catherine et Didier.

Un goût du sublime avec des huîtres fraîchement achetées au marché de Fouras, siffées avec un jeune blanc de Pessac-Léognan nerveux et pimpant. Un filet de bœuf avec la mâche la plus goûteuse qui soit et un Bourgueil de 1995 d'une jeunesse confondante ont fait un mariage de grand amour.

Je me dis que la prochaine fois, il faut absolument que je note le producteur de leur Pineau des Charentes - on a goûté le rouge et le blanc et ils sont vraiment excellents, sans aucune lourdeur ; le blanc, surtout, j'ai trouvé d'un équilibre rare.

Le seul bémol du week-end venait en fait de mon côté : j'ai apporté une bouteille de Chapoutier "Petite Ruche" Crozes-Hermitage 2005 que j'ai trouvé aqueux et sans grand intérêt... On n'aurait pas dit de la syrah ; plutôt quelque chose qui frôlerait un vin de Savoie (sans vouloir insulter les nobles vins de cette noble région-là... par ailleurs, j'ai fort envie de faire un saut à Annecy cet hiver, rien que pour découvrir de nouvelles saveurs...).

jeudi 7 février 2008

Vive l'éclectisme

Depuis mon dernier post j'ai pu goûter des vins vieux et jeunes... et jaunes.

Tout a commencé avec un dîner spectaculaire chez Guy, qui a décidé au débotté de déboucher un Haut-Brion 1996. Je suis restée, nez dans le verre, pantoise. Ce vin avait de la complexité, de la longueur et quelque langueur... Il est si puissant mais austère, en évitant les solutions faciles : le fruit, les fleurs ; non : la cendre, le tabac, le cacao. Il était magnifique. Je voulais le garder dans ma bouche, sur mon palais, au lieu de l'avaler. Et puis, ce soir-là, puisque Guy est comme ça, du haut de son mètre 90 souriant, il a sorti ensuite un Ausone 1989. Des feuilles légères, des pétales de fleurs séchées au début - et deux heures plus tard, le vin avait pris un corps et une rondeur somptueux. Ces bouteilles étaient autant d'élixirs que je n'oublierai pas demain.

La vie a suivi son train-train, après. Jusqu'au jour où, moi, qui n'aime pas les surprises, je suis entrée dans un guet-apens. Je devais déjeuner avec François A., situation au demeurant des plus agréables. Mais je débarque au restaurant et je vois le sommelier qui pose une bouteille tout délicatement dans un panier pour que ça reste à un angle qui ne laisse pas le dépot troubler ni le fond de la bouteille ni le tout. Et la bouteille, bientôt versée si délicatement dans nos verres, c'était un Chambertin Rousseau 1993. Je peux dire avec force et tout catégoriquement que malgré le charme de la conversation de François (qui est une sorte de génie du discours à la fois léché et décalé), j'ai suivi l'évolution de ce vin dans mon verre avec un étonnement croissant. Comment un vin peut-il être aussi majestueux ?... et le devenir encore plus... et être si entêtant ?... C'était à fendre le cœur.

J'ai fait diète pendant quelques jours, après.

Le week-end dernier, j'ai dû mettre tous mes pull-overs dans une valise pour aller me rendre à la Percée du vin jaune, à Sainte-Agnès dans le Jura. Le soleil était heureusement au rendez-vous ; on a eu 7 degrés cléments et malgré un parcours pieton d'un kilomètre et demi (nous nous pensions fûtés en évitant les inévitables navettes) pour atteindre le village, on a pu goûter un délicieux Savagnin "Terres Bleues" 1996 du Domaine de la Pinte, ainsi qu'un mémorable Arbois Vin Jaune 1986 du Domaine Rolet, entre autres... Avec des jésus de Morteau et de la cancoillotte, tout ce qu'il y a de plus terroir.

De retour à Paris : la crève. Donc, l'abstention... provisoire...

lundi 21 janvier 2008

La frustration des vins bus trop jeunes

Non, je ne suis pas une nécrophile du vin... Je l'admets volontiers, que j'ai pris plaisir (un très grand plaisir même) à assister aux dîners de l'Académie des vins anciens et d'y goûter des bouteilles qui remontaient aux années 20 du siècle dernier.

J'aime le vin avec un peu d'âge, avec assez d'âge pour qu'il s'assouplisse, pour qu'il prenne les arômes si entêtants qui sont absents des vins jeunes (alors que ceux-là ont parfois d'autres atouts et satisfont d'autres goûts).

Mais rien n'est plus criminel, à mon sens, en matière de dégustation – ou bien, plutôt, de beuverie éclairée – que de déboucher un vin trop jeune qui mériterait plus de temps et plus de patience.

Tel fut le cas la semaine dernière, au début d'un repas avec un ami enthousiaste venu du sud des Etats-Unis. Nous avons ouvert une bouteille de Salon 1996. L'effet était déroutant. Un vin bien bâti, élégant et vif, mais ce n'était pas un monument comme on imagine les Salon... sauf... en milieu de bouche... ce moment-choc où le vin te dit tout bas à l'oreille... qu'est-ce qu'il te dit ? Il te murmure quelque chose d'à peine compréhensible mais qui est la suggestion d'un si grand plaisir qu'on reste une demi-seconde interloqué.

C'est comme si un garçon de trois ans te regardait droit dans les yeux et te disait :

«La chair est triste, hélas! et j'ai lu tous les livres.
Fuir! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres
D'être parmi l'écume inconnue et les cieux! »

Le bébé Salon grandira... grandiosement.

Mais pour l'instant, nous l'avons bu dans son berceau.

mercredi 9 janvier 2008

Champagne forever...

Samedi j'avais très envie de reboire du champagne. Bonheur ! Nos amis et voisins Guy et Anne nous invitaient. Champ' au menu, certainement.

Nous y étions vers 20h30 avec le petit Arthur, surexcité par la présence des nouveaux-venus. Puis la sonnette a sonné de nouveau. Casque à la main, Skander entra avec Sonia, sa belle copine. Et ils sont passés dans le salon. Une minute plus tard, Guy apporta la bouteille qui avait fait le voyage en moto avec Skander : un Dom Ruinart rosé 1990. Oho ! Merci les amis...

Le plaisir du vin n'a que peu d'austérité.

Et bien sûr, avec ce qu'il y a de complexe et de goûteux dans le verre s'ajoute une pointe d'ébriété délicieuse. Sans parler du fait que la recherche de la connaissance peut devenir une passion dévorante...

Je me suis fait moquer il y a quelques semaines lors d'une dégustation de champagne chez Augé. Un type qui se trouvait à côté de moi me parlait, donc je lui ai demandé si peut-être je le connaissais par le biais d'un forum sur internet. Pouah ! Sur internet, disait-il. Un forum !

Eh ben, oui, car en plus de partir à la recherche de nouveaux vins et de nouvelles dégustations (avec le but implicite, peut-être, du graal ; laissons tomber le fait que nous dégustions du Selosse, graal s'il en fût), nous amateurs de vin aimons partager ce plaisir, trouver d'autres compagnons sur les routes du vin... Même fûrent-ils imaginaires (c'est-à-dire virtuels) au départ. Si l'internet n'était pas, mon univers vineux serait bien moins riche...

Donc, oui : je participe aux forums !

mardi 1 janvier 2008

Nuée de sauterelles sur les vins blancs de Bourgogne

Aujourd'hui je vais parler d'un truc pas drôle... Hier soir, on a ouvert une bouteille de Puligny-Montrachet 1er cru "Clos de la Pucelle" 1999 de Jean Chartron pour accompagner des palourdes farcies maison (nota bene : c'est simple à faire et ô combien meilleur que les préparations achetées dans le commerce). Mais la robe de ce vin, une fois que je l'avais versé dans nos verres, s'est montrée préoccupante : jaune foncé, couleur huile d'olive... Arnaud a pris une gorgée : « Ça a un goût de vin jaune ». Jugement lourd de sens.

D'où vient l'oxydation prématurée ? Il y a des discussions là-dessus partout dans le monde du vin et des œnophiles... L'oxydation voulue ou maîtrisée (et ici je pense au vin jaune, ainsi qu'à certains vins dotés exprès de la rondeur d'une touche délicieusement oxydative, tel le champagne Substance de Jacques Selosse) - cette oxydation-là, est une question de style et de goût, comme le jaune criard de van Gogh. Mais quand on ouvre une bouteille de Puligny-Montrachet, de Meursault, de Chablis, une bouteille qui devraient être dans la force de l'âge, et qu'on les trouve madérisés, visqueux, défaits, on assiste à une tragédie...

On pensait que le problème avait été résolu, quelle que fût sa source. (Excès de bâtonnage ? Bouchons défectueux ? Insuffisamment de soufre ?) On pensait que les millésimes 1995, 1996 et jusqu'en 2000 risquaient d'être touchés mais que la suite serait sans danger. Eh bien, ces jours-ci on commence à lire les dépêches du front : des 2002 qui succombent... et bientôt des 2004 ?

Qu'est-ce qui atteint les si délicieux blancs de Bourgogne ? Est-ce que ce fléau va s'en aller ?

vendredi 21 décembre 2007

Je préfère le vin d'ici...

Hier Arnaud m'a dit en cliquant sur ce blog : « Tu devrais parler de la sex tape de Laure Manaudou, tout le monde en parle en ce moment sur internet... »

Je l'ai regardé. « Oui, mais... c'est un blog sur le vin... Tu penses que je vis dans la Capitale de la France à cause de Paris Hilton ? »

« Elle fait des pubs pour le Prosecco...
— Eh, ça suffit ! »

Mais avait-il raison ? On ne saurait dire.

Dans le doute, je me mettrai sur la pointe brûlante de l'actualité. Voyons, hier, vers 18h30, j'ai acheté une bouteille de vin chez le caviste local (en l'occurrence les Caves du Panthéon) et pas plus d'une heure et demie plus tard, ma foi, on l'a ouverte et on l'a bue !

Michel Lafarge Bourgogne passetoutgrain "L'Exception" 2004 - Il faut avouer que j'étais très curieuse quand j'ai vu le mot "passetoutgrain" sur une bouteille de vin blanc. J'ai posé la question à la caviste. Oh, il y a de l'aligoté dedans aussi, avec le chardonnay ; c'est tout. Mais ma curiosité demeurait, donc j'ai pris ladite bouteille.

Le vin était un peu gras, mais avec un côté ananas et une pointe d'agrumes. Délicieux tout seul, il s'est un peu effacé face aux saint-jacques à la bretonne que j'ai préparées pour le dîner.

Ce qui m'a fait réfléchir sur l'interaction que le vin peut avoir avec la nourriture - et vice versa. Je vais faire quelques petits tests à ce propos. Dans mon souvenir, un vin n'a jamais été vraiment sublimé par un plat. Peut-être que mes accords ne sont pas au point ?

Noël approche et avec les agapes à venir, il me semble que j'aurai l'occasion de faire quelques expériences...

samedi 15 décembre 2007

Aller-retour

On dit que les goûts évoluent. Je suis d'accord, mais je prends plaisir aussi à revenir en arrière - ou bien, à revenir aux sources, en quelque sorte. Ce jardin de la France qui fait des « vins d'intellectuels », dixit Jules Romains : la Touraine.

Hier j'avais l'idée de faire des escalopes de foie gras frais avec une petite salade de mâche pour un dîner léger d'avant les fêtes. Et avec cela d'ouvrir un vin du Sud-Ouest. Justement, la veille je m'étais rendue dans le XVe arrondissement pour acheter le Cahors du Château de Gaudou que mon pote Michel importe aux Etats-Unis et qu'il m'avait conseillé, puisque je lui avais dit que que je suis curieuse de goûter ces monstres (de par leur étrangeté, leur terroir inconnu, sans parler du cépage malbec, qui n'a rien à voir, je pense, avec le côt ligérien que je connais un peu)...

Il m'a conseillé de l'ouvrir deux heures à l'avance. Ce que je fis hier a 18h30 environ. Et ai versé une goutte pour voir ce qu'il en était dès le début. Hélas ! Ce qu'il en était... le vin était bouchonné.

Donc, deux heures plus tard, alors que le grésillement et l'odeur enivrante du foie gras remplissait la cuisine (et le couloir, la cuisine n'est pas bien grande), j'ai tiré le bouchon d'un Château Yvonne Saumur-Champigny 2004.

Oh, oui !

Voici un cabernet franc qui est à la fois naturel (c'est-à-dire que le vigneron n'a pas joué la carte de la surextraction pour faire une cuvée plus prestigieuse) mais en même temps d'une complexité qui laisse absolument admirative. C'est la troisième fois que je goûte ce vin sur ce millésime et à chaque reprise, il me re-surprend et il me re-plaît.

Mais je me suis levée ce matin avec des lèvres bleuâtres !

jeudi 6 décembre 2007

Le vin coule plus librement que l'encre...

Je n'ai pas posté depuis trois semaines... Ce n'est pas faute de boire ; plutôt faute de temps ! Comme c'est frustrant.

J'ai pu faire des dégustations mirifiques, dont un Grand Tasting parisien où je fus bluffée par un simple bourgogne blanc vieilles vignes 2001 du Château de la Tour (remarquez, leur Clos de Vougeot n'est pas mal non plus...), un marathon champagnesque où le Krug a fini par décrocher toutes mes sympathies, sans parler d'un somptueux Bollinger Grande Année 1999, et ensuite (eh oui !) un dîner de l'Académie des vins anciens, sous l'égide du bienveillant et très verveux François Audouze, où, ma foi, un Pommard 1923 (producteur inconnu) a séduit mon palais et mon âme.

Hier dans la nuit, j'ai rêvé d'Anselme Selosse. Et ce qui est chouette, c'est que samedi je vais pouvoir regoûter ses vins, lors d'une... oui, une nouvelle dégustation.

A suivre...

P.-S. J'ai parlé à la radio hier matin ! et Alexandre Boussageon a fait un topo génialissime sur ce blog.

vendredi 16 novembre 2007

Beaujolais, vent et grève

Hier il faisait froid. Tous les cafés et les bars de la Capitale avaient scotché des affiches pour le beaujolais nouveau partout et des tables avec verres, saucisson ou huîtres décoraient le trottoir devant ces établissements. C'était sympathique. Les rues étaient bloquées par des masses de voitures klaxonnantes et les trottoirs étaient noirs de monde : la grève nous rendaient tous piétons, ou en tout cas, on avait l'impression que tout le monde était dehors.

C'était mon anniversaire et je portais un bonnet bleu clair en laine.

Je suis allée voir un caviste qui m'avait dit il y a une dizaine de jours qu'il recevrait quelques bouteilles de Puligny-Montrachet Leflaive du millésime 1995. J'en salivais déjà, rien qu'à y penser. Donc ma déception fut grande lorsqu'il m'annonça qu'il les avait reçues et aussitôt vendues par lot de six à des clients fidèles. Et moi ? Je n'étais pas assez fidèle ? Il avait dit : Revenez le quinze. Eh bien ! Que demande le peuple ?

Après, je suis ressortie dans le vent et le froid et la foule. Il y avait de gigantesques piles de feuilles mortes sur le boulevard du Montparnasse et quand je marchais dedans, je me sentais comme une enfant ; sensation joyeuse.

J'ai remonté le boulevard Saint-Michel au lieu de prendre de petites rues autour du Val-de-Grâce. J'allais passer par les Caves du Panthéon avant de rentrer, la nuit tombée.

A ma surprise, ils faisaient déguster du beaujolais nouveau. (Sauf que là, pour faire sérieux, ils disaient "primeur".) Et comme c'étaient de très bons producteurs, je me suis laissée entraîner...

Domaine du Vissoux "Griottes" 2007 - hm ! Aussi piquant de cerise que son nom, ce vin a également pas mal de chair. Flatteur au palais, il est tout à fait agréable à boire, s'il manque de longueur (pour un autre vin, cela dit ; pas pour du beaujolais nouveau).

Domaine du Vissoux Vieilles Vignes 2007
- Goûteux ; un supplément de poivre noir et de mâche ; celui-ci est dans la jeunesse mais avec une belle structure.

Domaine du Vissoux Vieilles Vignes Non Filtré 2007 - moins dans le plaisir immédiat, celui-ci "accroche" un peu en finale, il est un peu plus râpeux. C'est fascinant de voir la progression de ces cuvéés ; je dirais presque que celui-ci aurait besoin d'un peu plus d'âge (OK, à cette échelle, de quelques jours...).

Jean Foillard Beaujolais Primeur 2007 - Non soufré, très palpablement. Ça "travaille" encore un peu, la robe est trouble, et il est plus léger et plus éthéré que les Vissoux, avec des notes de framboise et de fraise Tagada.

J'ai pris deux bouteilles du Vissoux Vieilles Vignes (filtré) et suis repartie pour traverser la montagne Sainte-Geneviève comme Rastignac et regagner mes penates...

jeudi 8 novembre 2007

Surprise !

Samedi dernier je pensais que tout allait être tranquille. Lever aux alentours de 10h, ce qui était un bon début, puis un déjeuner au Pré Verre, par gourmandise (et nous y sommes allés plutôt fort : trois entrées et deux plats à deux... dont un cochon de lait, sauce vanille à se mettre à genoux), arrosé d'un très vif cheverny rouge 2006 de chez Hervé Villemade.

Après, la sieste s'imposait. Mais... à 15h le téléphone a sonné. « Salut... » C'est un couple d'amis. « Qu'est-ce qu'on apporte ce soir ? » Euh...

Eh oui, le parfois absent Arnaud avait confirmé un dîner chez nous une dizaine de jours auparavant, sans retenir les faits assez longtemps pour me les communiquer.

Donc j'ai couru faire des courses pour pouvoir bricoler un repas. Et en fin de compte, cela ne s'est pas trop mal déroulé. Les amis sont amateurs de vins et cela m'a plu de leur sortir des OVNI ou des découvertes. Tel un Châteaneuf blanc 2005 avec une quiche provençale, ou un Château Petit-Gravet Saint-Emilion Grand Cru 2005 acheté sur place cet été et qui s'était bien arrondi depuis sa dégustation, avec des notes de caramel et de tabac.

Pour moi, pourtant, le point fort de la soirée était le champagne Raymond Boulard Tradition Extra Brut, que j'ai eu l'occasion de déguster - non, je veux dire, de boire - pour la première fois en dehors d'un contexte de dégustation.

Il y a quelque chose à dire sur le fait de boire, de passer du temps avec un vin, de le siroter, de causer, voire de grignoter quelque chose et de revenir pour une autre gorgée. J'aime ainsi adosser les vins, pour ainsi dire ; passer une soirée avec eux, mieux les connaître...

Cela dit, notre moment de partage du Boulard n'était pas d'une durée très conséquente. C'était trop bon, ma foi !

mardi 30 octobre 2007

Italia

Ciao. OK, j'ai épuisé mes connaissances en matière d'italien. Au moins, en ce qui concerne la langue, puisque j'ai eu l'occasion, hier, de déguster la production d'une bonne dizaine de vignerons venus d'outre-... d'outre
quoi ? Bref, d'Italie.

L'échantillon était d'abord intimidant, mais une fois que j'avais pris mon envol avec un Chianti très classique du domaine San Giusto, j'ai pu m'aventurer vers des crus plus étranges : délices inconnus.

A retenir, des vins blancs du domaine Schiopetto, tous dégustés en 2006 et étonnants de fraîcheur et de vivacité. Un petit faible pour le Blanc des Rosis 2006, assemblage de tokai friulano, de sauvignon blanc, de pinot gris et de ribolla ; comme du sauvignon avec un fruité supplémentaire, une âme biscornue et engageante ; j'ai adoré. Le pinot blanc 2006 était également exubérant.

Pour les rouges, une curieuse cuvée du domaine Ampeleia, à dominante de cabernet franc ; comme le Chinon du sud, au nez... mais en bouche, beaucoup plus rond avec un petit côté caramel.

Et les rouges d'Elisabetta Foradori : ma découverte du cépage teroldego, d'une sapidité intense. J'ai adoré ces vins.

J'ai tâté aussi de vins plus « classiques » ; brunelli et baroli... Des noms que j'avais lus, sinon goûtés. Et donc je sentais l'éducation de mon palais. Quand je quittai la Galerie Vivienne sous la pluie qui trombait, j'avais dans mon cerveau et sur mes papilles un savoir tactile qui - au moins je l'espère - ne pourra que croître.

jeudi 18 octobre 2007

Liesse champenoise

J'ai failli passer deux jours de plus que prévu à Epernay - ce qui est à vrai dire un sort quelque peu moins que funeste - puisque la grève des transports a pris un coup d'avance et mon train de 17h33 a été annulé, hier. Mais le suivant m'a cheminée à bon port...

Donc oui, je suis allée en Champagne, en compagnie de deux amis œnophiles qui vivent à Francfort (personne n'est parfait !). Ce qui m'a permis de faire des découvertes de très haut niveau...

Notre matinée a commencé très prosaïquement avec le plein fait en vitesse au Carrefour et un croissant avalé à la hâte, avant de nous rendre chez Raymond Boulard, où Francis Boulard, vigneron discret et talentueux (j'ai eu par la suite des preuves des plus concrets de son grand talent) nous a reçus, avec un regard un peu circonspect sur le petit cadeau de quelques bières allemandes apportées par Guillaume. (Oh, je le comprends !)

Pour commancer, nous avons pu faire le tour du chai et discuter des aléas de la biodynamie, qui ne sont pas sans mauvaises surprises et une bonne dose de doute. La dégustation de trois crus sur fût (qui étaient dans leur phase de fermentation malolactique) était pour moi le tout petit début d'une découverte de vins de champagne dans leur état embryonnaire.

De retour dans la salle de dégustation, nous nous sommes assis, en compagnie d'un spécialiste local, et avons pu déguster les crus de la maison, chacun (à deux exceptions près) vinifié en deux versions : brut (dosé autour de 6g/l) et "brut nature" (zéro dosage).

Un petit faible pour une cuvée Petraea biscuité et pain-d'épicé à souhait, gourmand et plein en bouche, avec une finale soyeuse ; sans parler d'une cuvée des Rachais 2002, un blanc de blancs précis mais souple et d'une incroyable pureté.

Mais vers la fin de cette visite accueillante, nous avons regardé l'heure avec une expression tout droit sortie d'un dessin animé : Horreurs ! Il fallait prendre la route à toute allure pour gagner Avize...

Nous avons eu du retard, bien entendu, en arrivant chez Jacques Selosse. Mais Anselme Selosse nous a reçus avec une simplicité sans fard et un regard à la fois averti et indulgent de son œil bleu vif. Les paroles de cet homme sont aussi incroyables que ses vins.

Après une discussion sur la nature même de cette matière vivante qu'est la vigne (et il compte ses vignobles non pas en hectares, mais en pieds de vigne), de ses racines et de sa sève, nous avons passé à une dégustation que je n'oublierai jamais.

Je l'écrirai dans ma prochaine entrée ici.

À suivre, donc (avec notes de dégustation à l'appui)...

(P.-S. Je vais peut-être passer sur France Inter un jour prochain ; l'émission Blogs à part passe à 6h20 : debout, mauvaise troupe !)

jeudi 11 octobre 2007

Vins bien français

Après deux voyages récents à Rome et à Londres j'ai pu constater la grande différence entre le rapport des Français vis-à-vis du vin et celui qui a cours dans d'autres pays.

En Italie, grand pays pourtant du vin, il y avait une place pour des vins d'ailleurs. Puis en Angleterre, c'était carrément frappant : tout, de partout (sauf, quasiment, de la France ; ils ne sont pas très francophiles pour le vin, hormis leur précieux claret).

Certes, le pinot noir du Kent n'a la cote auprès de personne... Mais de retour à Paris, je m'interroge. Est-ce que cela nous appauvrit que de bouder des vins d'ailleurs ? La France a de quoi subvenir aux besoins des amateurs de vins de toute espèce ; je n'ai l'impression de manquer de rien. Et j'ai bu de bien médiocres exemples de vins internationaux à Londres.

Je me rends compte finalement - bien que je n'aimerais pas être aussi vieux jeu - qu'au moins la situation présente nous permet de faire de belles découvertes à l'étranger !

Et pour le tuyau du jour : si jamais vous croisez un vin de chez Ridge : foncez ! Quels délices.

dimanche 30 septembre 2007

In Lavinia veritas

Hier, trois œnophiles intrépides sont allés déguster du vin chez Lavinia. J'étais en compagnie d'Arnaud et de Neil, un Irlandais ami et parisien. Le but de départ de cette expédition était de nous servir des « automates de dégustation » flambant neufs.

Mais une fois sur place, nous avons décidé d'y aller plus fort, tout en nous cantonnant à quelque chose de plus traditionnel : nous sommes ainsi descendus au sous-sol de la boutique pour chercher une bouteille afin de la rafraîcher et de la déguster en haut, dans le restaurant.

Nous nous sommes mis assez vite d'accord sur l'objet de notre quête : nous cherchions un bourgogne blanc. Mais nous regardions le choix proposé ; tout nous semblait trop jeune pour être convenablement apprécié à ce stade. Quel crime que d'ouvrir un meursault 1er cru 2005 d'un grand producteur ! Donc finalement, par processus d'élimination, nous avons choisi un simple bourgogne blanc d'un bon producteur : Bourgogne blanc 2002 de François Jobard.

Nous sommes ensuite montés à l'étage avec notre butin. Mais nous fûmes stoppés au seuil de l'espace restauration : un petit stand avec un jeune monsieur fort accueillant nous invitait à déguster un nouveau gin de Tanqueray fait avec des zestes d'agrumes. Faisant fi de notre peu de goût pour les actions marketing, nous avons accepté un cocktail avec fraises, pamplemousse et tonic. Savoureux.

Après, une fois que nous nous sommes installés à une table haute, la serveuse a mis la bouteille à rafraîchir dans leur machine perfectionnée.

Mais lorsque, cinq minutes plus tard, elle est venue ouvrir la bouteille et nous servir, quelque chose clochait. Nous sommes restés là, plantés devant nos verres, mécontents.

J'ai mis le nez dans mon verre. Le vin était mutique. J'ai agité le verre. Ce liquide jaune foncé était réticent. Mais ce qui s'en dégageait n'était pas une odeur de bourgogne blanc.

"Ça a un nez de fromage..." C'est Neil qui l'a dit.

"Oui... dit Arnaud, ou de champignon."

Quelques minutes plus tard, après deux ou trois gorgées hésitantes, nous n'en pouvions plus. Nous avons appelé la serveuse et avons expliqué la situation en l'invitant à goûter le vin pour nous donner son avis aussi. Elle a cherché un verre, a versé un peu de vin et l'a goûté.

"C'est dégueu." De ce jugement lapidaire, elle a confirmé notre impression.

On a retiré prestement notre bourgogne défectueux et l'a avantageusement (et gracieusement) remplacé par une bouteille de Savigny-lès-Beaune 2005 de Catherine & Claude Maréchal.

Juste à ce moment-là, la femme de notre ami irlandais est arrivée avec leurs deux bambins. Nous sommes donc tous restés autour du savigny avec un plateau de charcuterie (délicieux, par ailleurs).

Le savigny était gras, rond, onctueux. Il s'est affiné un peu dans le verre, retrouvant une bonne minéralité.

Et nous étions contents. Un service vraiment attentionné et des produits de qualité. Je n'y croyais pas trop, à Lavinia, mais maintenant je vais y retourner. A une autre table il y avait deux copines qui partageait une bouteille de champagne. Ce n'est pas une mauvaise idée non plus...

lundi 17 septembre 2007

Mariage irréel

Il faisait 25 degrés ce week-end en Normandie. Nous étions allées là-bas pour assister à un mariage ; mais comme il y avait un nombre non négligeable d'invités, nous fûmes refoulés de la mairie de Blonville-sur-Mer, faute de place...

On ne peut donc être sûr que Marc et Sarah sont réellement devenus des époux légitimes. Une chose, par contre, est certaine : le champagne Pierre Gimonnet Brut 1er Cru "Cuis" est une merveille d'élégance.

Et donc, sur la pelouse radieuse du Manoir des Hautes-Terres, nous avons siroté à l'envi ce pétillant breuvage, fait de fleurs blanches et de levure, de pommes. La conversation, soudain, pétillait aussi. Et la nuit tombant, nous avons abandonné à contre-cœur nos coupes hédonistes pour entrer et nous mettre à table, tout sagement... mais avec un petit sourire en coin...

mercredi 12 septembre 2007

Amour du raisin



Il y a quelque chose d'infiniment émouvant dans le raisin. Ici, des grappes de merlot à Saint-Émilion. J'y suis passée il y a deux semaines et j'ai adorée la sensation d'être dans une vieille ville ceinte de ceps et de fruits murs et violets. Un instant de bonheur.

lundi 20 août 2007

Le millésime 2007 n'aura pas lieu (OK, si, mais il sera mauvais)

Je m'inquiète pour le millésime 2007. De retour à Paris sous un ciel gris et lourd avec une pluie et des températures frôlant - au grand maximum - les 13, 14 degrés, je vois mes chers Sancerre, Chablis et autres blancs et rouges de nos zones septentrionales glisser dans une aqueusité de mauvais aloi... Hélas pour les petits bébés nés dans ces temps funestes (pour le vin qui fêtera un jour leur année de naissance, je veux dire).

Entre-temps, je me console avec de pétulants exemples de millésimes plus amènes :

Bourgogne Chitry 2005 - Alice & Olivier de Moor : Voici une délicieuse découverte, qui n'était aucunement marqué par la rusticité ou le côté trop minéral ou acide des blancs « mineurs » du chablisien. Un vrai petit joyau de bourgogne blanc avec un bon supplément de gras.

Pommard "La Chanière" 2002 - Catherine & Claude Maréchal : Parfait, parfait, parfait de harmonie et de classicisme pommardien. Nous l'avons dégusté pendant un déjeuner en terrasse sous le soleil normand, accompagné de brochettes de bœuf et d'agneau ; j'avoue que nous l'avons jalousement gardé de notre côté de la table, laissant un médoc ou autre trôner bien au loin, pour les autres !...

vendredi 3 août 2007

D'appellation en appellation

Ces derniers temps ont été des plus hétéroclites, vineusement parlant. J'ai passé de la Côte de Beaune dans le plus profond du Minervois, ai rebondi du côté de Saint-Emilion afin de gambader un peu dans les champs du Gaillac, puis de faire un ricochet aux alentours des Fiefs Vendéens, pour ensuite prendre le TGV, direction Reims...

Des vins mémorables, parmi d'autres :

J. Rateau Hautes Côtes de Beaune 2005 - Ouah, un blanc bien rond et gras, sans excédent de bois, qui m'a énormément plu.

Cadet-Bon Saint-Emilion Grand Cru 1999 - Mûr mais plein de fruit, assez élégant; très typé bordeaux rive droite; pas immensément complexe, mais bien bâti et pur.

Dugat-Py Bourgogne Rouge 2004 - Puissant pour un simple bourgogne; plein de matière, mais avec un côté un peu bourbeux, de sang caillé; cela m'a finalement laissé un drôle de goût sur le palais.

Domaine Saint-Nicolas Fiefs Vendéens "Brem" 2005 - oui, oui, oui, je suis revenue vers ce péché mignon. Hou-là, un gras plaisir.

Domaine la Lorentine Lirac 2003 - Confit. Pruneaux, raisins secs, et lourd de ses 14,5 degrés d'alcool. Indigeste.

Duval-Leroy "Fleur de Champagne" NM - classieux, ce champagne, très droit et pur, avec un dosage sûr et discret et de jolies notes de fleurs blanches et une bonne acidité.

Et bien d'autres encor'...

vendredi 13 juillet 2007

Fontaine, je ne boirai pas... ou bien, parfois...

Ça y est, j'ai remis le pied chez Legrand. C'était avant-hier et j'avais passé un agréable déjeuner Aux Bons Crus, en compagnie d’Arnaud et de notre ami œnophile brittanique, Neil, autour de pots de Fitou blanc (eh oui !) et de Touraine côt. Après, Arnaud devait courir retrouver son « desk » de la rue Vivienne, et Neil et moi étions plus libres. L’appel de chez Legrand tintait délicatement dans l’air de la rue des Petits-Champs... cette atmosphère ambrée qui sortait depuis la débouchée du passage Vivienne et venait à notre rencontre.

Eh bien, nous y avons mis le pied. Et de surcroît, nous y avons passé un moment très agréable, à parler des vins blancs bourguignons avec un jeune employé de la maison. Je ne me sentais ni scrutée ni méprisée. Nous avons fait le tour des étagères, en nous essuyant un peu les lèvres lorsque les bouteilles se faisaient trop tentantes. J’ai failli craquer pour un Puligny-Montrachet de chez Leflaive, mais je suis restée sage.

Nous avons flâné si longtemps que nous n’avions plus le temps de reprendre un verre avant de partir retrouver nos travaux respectifs. Mais ce moment agréable en compagnie de grandes bouteilles et de cavistes sympathiques m'a fait changer d'avis. On risque d’y revenir, ne serait-ce que pour boire un verre de champagne Œil de perdrix de Jean Vesselle au comptoir...

mardi 3 juillet 2007

Bière pour les autres

Nous avons passé le week-end à Lille, où il faisait du soleil et les champs autour étaient rutilants. La maison de Mathieu et Marion est bucolique ; nous avons fait un barbecue et les autres ont bu de la bière belge artisanale.

Mais même les meilleures bières, je les « sens », j'apprécie leur art, mais je ne les goûte que fort peu...

Heureusement, du bon rosé bien sec du Var a trouvé sa place dans mon verre et nous avons mangé les saucisses et les brochettes en causant sous le soleil.

jeudi 14 juin 2007

Merveilles

Parfois, il nous est donné l'occasion mystique, mystérieuse, d'entrer dans un monde nouveau. Ainsi, mardi soir, j'ai franchi un seuil - voire un miroir - et me suis trouvée dans un monde inconnu, où les repères habituels étaient absents.

De quoi s'agit-il, au juste ? Plus prosaïquement exprimé, j'ai assisté à une soirée de l'Académie des vins anciens, groupe d'enthousiastes rassemblé par le grand collectionneur François Audouze, dont l'intelligence n'est égalée que par une gaillardise irrépressible.

Dans les salons du Cercle Suédois qui surplombaient le jardin des Tuileries depuis leurs fenêtres de la rue de Rivoli, nous nous sommes mis à table (à six tables, car nous étions 39) afin de dîner et de déguster une quinzaine de vins vieux. Et ici, je ne parle pas des années 80. Je parle des années 20, 30, 40...

Pour moi, c'était donc l'occasion d'une découverte inédite, insolite, de saveurs dont je ne soupçonnais pas l'existence.

Depuis un champagne Philipponnat 1980 terriblement séduisant et d'une richesse extrême, dont les bulles n'était plus des bulles mais une sorte de suggestion de pétillance qui se remuait sur la langue, jusqu'à un bordeaux 1929, le Petit Gravet, qui était tout de fruits frais et d'une jeunesse confondante, en passant par un Corton Clos du Roi Prince de Mérode Joseph Drouhin 1949, d'une précision, d'une nuance dans une expression de son terroir sans pareil, pour clore avec un sublime sauternes du Château Doisy Daëne 1934, dont la robe marron cachait une suavité et une complexité de goûts inimaginable.

J'ai pris pied, après, vers minuit, mais j'avais l'impression plutôt de marcher sur les nuages...