samedi 23 septembre 2006

Nuit noire et soirée blancs

Tu sais que ça commence fort quand Marc débarque en costard gris et cravate rose en causant Nazis. Nous avons bavardé à trois dans le long couloir à côté des étagères de livres et puis nous sommes allés dans le salon avec une bouteille de Vouvray sec 1990 Cathelineau où, assis sur le canapé de cuir et un fauteuil, Arnaud et Marc ont continué à s’échauffer sur des questions touchant le comportement de la Wehrmacht jusqu'en 1943.

Dans leur échauffement, ils ont bu goulûment du vouvray et ont croqué plein de rondelles de saucisson basque pimenté. Moi, j’ai suivi avec intérêt et amusement les grands gestes et les grandes axes de leurs argumentaires. Le vouvray, étonnant de fraîcheur pour ses seize ans d’âge, était rond et plein et ne trahissait même pas un soupçon de vieilli.

L’argument nazi a dû se calmer avec l’arrivée de la jolie Sarah, une bouteille de médoc à la main et un demi-sourire plein d’indulgence narquoise devant la discussion de Marc.

Après un temps, le vouvray fini, nous avons décidé d’ouvrir le Saint-Péray 2004 d’Alain Voge avant de passer à table. J’avais préparé des calmars dans une sauce au citron vert et au miel et nous allions rester au blanc pour le dîner, sauf au moment de mon dessert au chocolat, où nous dégusterions de la liqueur de noix des chartreux de Villeneuve.

Arnaud était au préalable méfiant au sujet de ce Saint-Péray, trouvé dans la Bouteillerie des Papes à Avignon, dont le récit ne tardera pas de paraître dans ce blog même (mais pas aujourd’hui, puisqu’il faut quand même finir celui-ci). Il avait, paraît-il, eu une mauvaise expérience avec un Saint-Péray aqueux et fade lors d’un passage à Cornas pour les affaires il y a six ou sept ans.

Mais dès la première gorgée, pleine d’expression de marsanne et de roussanne, avec leur mielleux et goût d’agrumes soutenus par un fond dur de minéralité étincellante, il était rassuré et convaincu. Je partageais son avis et nous nous regardions avec sourires et hochements de tête, comme pour dire à travers la discussion ambiante, Pas mal, ce petit Saint-Péray...

À table, nous avons mangé goulûment et avec rires, causant d’amis et d’affaires humaines, laissant les Nazis dans leur camp ailleurs. Les calmars ont plu et à la fin de la soirée, un petit mistral du sud s’est ré-immiscé dans la pièce avec nos petits verres d’eau de noix, savoureuse sur la mousse au chocolat que j’avais confectionnée, et qui nous rappelait, à nous deux voyageurs, la route sinueuse et en pente qui menait, dans la nuit, vers les hauteurs de Villeneuve-lès-Avignon.

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